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5 Mai 2010
| UN JOUR, UN VISAGE
La voix du Nord de Cambrai |
Présidente de la commission des agricultrices de Cambrai, Marguerite Becquet a reçu les insignes de chevalier dans l'ordre de la Légion d'honneur, vendredi soir, à Wambaix. Fervente militante de la cause des exploitantes agricoles, elle n'avait pourtant pas choisi la voie de la terre.
Portrait d'une femme de conviction et de tempérament. PAR DIANE BÉTHUNE
Elle n'était pas faite pour « rester dans un bureau » mais elle ne se destinait pas non plus au travail de la terre. « Mes parents étaient agriculteurs à Wambaix. Je savais ce qu'était la vie d'agricultrice, confie Marguerite Becquet. Je refusais de devenir comme ma mère. » Après ses études, elle s'était donc orientée vers l'enseignement... agricole. « Je voulais voyager, partir enseigner au Zaïre. Mais mes parents ne voulaient pas ».
C'est son époux qui décidera finalement de leur avenir professionnel. « Il était cadre en entreprise et voulait devenir agriculteur. C'est lui qui a choisi ». En 1984, ils quittent l'Oise et reviennent s'installer dans le village natal. « Je ne voulais pas d'un travail comme à l'usine. Je ne voulais pas trier des patates ! ». Ce sera finalement l'élevage de poules. Et surtout ce qui fait aujourd'hui la fierté de Marguerite, son « bébé » comme elle l'appelle : son gîte à la ferme. « Il n'y en avait pas dans l'arrondissement et je savais que dans d'autres régions ça marchait. » Et dans ce petit village de 400 âmes, perdu au milieu des champs, ça marche depuis 21 ans. « On a accueilli des milliers de personnes venues du monde entier. Ça apprend la tolérance : on a accueilli toutes les religions, toutes les couleurs, toutes les nationalités, toutes les idées politiques ». Elle a les yeux qui brillent quand elle en parle. Elle est comme ça Marguerite Becquet. Spontanée, entière, novatrice. La routine c'est pas son truc. « Il me faut toujours du nouveau.
La nuit je rêve encore à des tas de projets. » En ce moment, elle « relooke » ses chambres d'hôtes. Elle voudrait même aménager des petits chalets sur un bout de terrain qu'ils possèdent dans le village. « Mes parents m'ont donné le sens du travail. C'est une valeur essentielle que je leur dois et c'est grâce à ça que je suis arrivée à ce que je voulais.
J'ai reçu une éducation très stricte. J'étais quelqu'un de timide. Il m'a fallu 30 ans et quelques formations pour arriver à affirmer mes idées » À la voir évoluer parmi les siens, dans son monde, à voir son parcours et ses engagements professionnels, on a pourtant de la peine à imaginer cette femme réservée qu'elle dépeint. Marguerite est tout le contraire. Marguerite est une battante et rien ne l'arrête. Pas même la maladie contre laquelle elle a lutté pendant des années et dont elle a retenu une chose « que la vie vaut vraiment la peine ».
Une main de fer
Aujourd'hui, elle la croque à pleines dents et mène sa campagne au service de ses consoeurs agricultrices d'une main de fer. « Il faut toujours se battre. Les agricultrices ne sont pas reconnues socialement. C'est un métier difficile et l'excès de réglementation freine les initiatives. Ça nuit aux petits villages et à tout homme. » En entrant dans le cercle très fermé de la Légion d'honneur, elle espère pouvoir apporter sa pierre à l'édifice et faire évoluer la condition des femmes dans le monde agricole. « Ça me redonne de l'énergie et du punch pour l'avenir. Je sais que j'aurai des droits et surtout des devoirs et j'y tiens. Cette distinction est une reconnaissance importante de la profession agricole et en particulier des agricultrices. J'espère qu'elle va amener l'État et la société à prendre conscience de notre grande utilité. » •