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15 Octobre 2014
Rencontre avec Madame Sylvie Gilles, jeune agricultrice à Quérénaing (Nord) engagée et passionnée par son métier de chef d’exploitation. Dans une agriculture périurbaine, élue présidente de la Commission des Agricultrices du Nord, Sylvie réalise de la vente directe en volaille et vend sur les marchés locaux…
Interview d’une agricultrice de la région Nord-Pas-de-Calais à l’initiative de la DRAAF du Nord-Pas-de-Calais
A Quérénaing (Nord), Sylvie Gilles est une jeune agricultrice de 43 ans, engagée et passionnée par son métier. Elle est le parfait exemple de la femme rurale accomplie et la Direction Régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt du Nord – Pas-de-
Calais a tenu à valoriser son parcours .
Comment êtes-vous devenue agricultrice : votre parcours, vos formations ?
Fille d’agriculteurs, j’ai repris la ferme familiale en 2000 en m’installant en tant que chef
d’exploitation. J’avais envie d’avoir un statut et de trouver un équilibre familial et
professionnel. Avant de faire ce choix de reconversion professionnelle, j’ai été salariée sur
l’exploitation pendant une année. Cela m’a conforté dans mon choix de quitter le monde de l’hôtellerie dans lequel j’exerçais. Je n’ai pas suivi de formation agricole. J’ai obtenu un BTS «hôtellerie», qui m’a amené à travailler dans la restauration en France mais aussi à l’Etranger. J’y ai acquis la rigueur et la gestion, très utiles maintenant dans le suivi quotidien de l’exploitation agricole. Pour le reste, c’est l’envie, la fibre et l’expérience naturelle qui m’ont permis d’être une agricultrice.
Pouvez-vous nous présenter votre ferme et ses productions ?
Très proche de Valenciennes, ma ferme est une exploitation agricole en polyculture-élevage de 50 hectares dont 8 hectares de prairies permanentes. En zone périurbaine (proximité immédiate d’un lotissement et une forte pression foncière sur la métropole), les productions végétales (blé, colza, maïs-grain, escourgeon) servent à la nourriture des poulets de chair, élevés sur la ferme. Environ 200 poules/poulets de chair vivent sur l’exploitation avant d’y être abattus. Il s’agit de poulets fermiers élevés en plein-air car ils ont accès à un parcours extérieur.
Quelles activités de diversification avez-vous mis en place (circuit-court, vente directe...) ?
La proximité de la ville m’a permis de développer la vente directe au magasin de la ferme et la vente sur les marchés. Avec ma salariée employée à mi-temps, nous vendons sur 4 marchés par semaine. Le reste est vendu à la ferme, du mercredi 14h00 jusqu’au samedi 17h00. Je vends d’autres produits (beurre fermier, yaourts, maroilles fermier, fromage d’Avesnes...) de 3 autres fermes, plus éloignées des centres urbains. Cette entre-aide permet de vendre de bons produits à une centaine de fidèles clients hebdomadaires et de permettre aux 3 autres producteurs d’écouler leurs productions et d’être connus.
Pouvez-vous nous décrire une journée-type d’une jeune agricultrice ?
Comme beaucoup de femmes actives, ma journée commence tôt afin de me consacrer à la vie familiale et à mes enfants. Je poursuis par un passage dans l’élevage afin de m’assurer que les animaux se portent bien avant de préparer le marché de la matinée (mise en place de la remorque, des produits de vente et de l’étalage) ; Arrivée sur le marché pour 8h00 jusqu’à 13h00. L’après-midi est consacré au rangement, à la gestion administrative de l’exploitation agricole, à la vente directe à la ferme, aux taches ménagères... puis au retour de l’école, la vie familiale reprend sa place. Par ailleurs j’apprécie de pouvoir disposer d’une souplesse dans l’organisation de ma journée, d’être rapidement sur mon lieu de travail et d’être mon propre patron.
Etes-vous sensible aux nouveaux défis : « Bien manger, c'est l'affaire de tous! » !
Produire Autrement, l’agro-écologie , l’agriculture biologique ?
Nous y sommes forts sensibles et nous souhaitons une agriculture la plus propre possible. Au quotidien, les agriculteurs font des efforts. En élevage, la sécurité alimentaire est essentielle et est respectée : analyse de litière, analyse de recherche de salmonelle, plan de maîtrise sanitaire... Les techniciens de la Direction Départementale de la Protection des Population viennent contrôler annuellement mon exploitation. Mes produits sont vendus en direct à la ferme à mes clients. Je prête beaucoup d’attention à la qualité de mes produits. Il est important d’acheter le moins possible d’aliments à l’extérieur à cause de la volatilité des coûts et utiliser mes aliments est aussi « signe de qualité ». Produire sur la ferme c’est aussi moins de transport donc moins de pollution. Nous sommes favorables au développement de l ‘agro-écologie si nous arrivons à terme à nourrir toute la population à un coût abordable. Le matériel de traitement devient de plus en plus performant. Notre nouveau pulvérisateur a permis de baisser sensiblement la quantité des produits phytosanitaires.
Est-ce important, pour une agricultrice, de s'engager dans des activités sociales (ex présidence de la commission des agricultrices ou responsabilité au sein d'une commune) ?
Depuis de nombreuses années, je suis engagée à travers plusieurs instances. Je suis présidente du canton de Valenciennes sud (FDSEA). Ce qui me permet de relayer des
informations/actualités pour l’arrondissement. Je suis élue à la Chambre d’agriculture de la région Nord-Pas-de-Calais depuis mars 2013. Je siège à 3 commissions sur le foncier, l’environnement et la diversification. Depuis 2009, je suis membre de la commission des agricultrices du Nord. Elle a pour objectifs de promouvoir l’agriculture, de développer, proposer et encourager la formation et de faire vivre la profession d’agricultrice. En mai 2014, j’ai été élue présidente de cette commission. J’y suis très investie par ma présence à de nombreux évènements tels que Ferme en ville, salons. En 2014, le trophée des agricultrices du Nord a été un grand succès et une belle reconnaissance du travail des agricultrices. Aux dernières élections municipales, j’ai été élue conseillère municipale à Quérénaing. J’y apporte mon expertise de femme agricultrice et montre que l’agriculture a toute sa place dans les politiques portées par la commune et la métropole.
Comment voyez-vous l’avenir ?
Je suis très optimiste. Il faudra toujours manger. L’agriculture périurbaine a toute sa place à Quérénaing car nous répondons à une demande. Nous intéressons de plus en plus les élus locaux et d’autre part le statut d’agricultrice qui a vu le jour en 1997 a encore besoin
d’évoluer. Mon métier et mes activités extérieures me permettent d’être une femme épanouie, d’avoir un lien social, de communiquer pour faire évoluer l’image de l’agricultrice à l’extérieur.
Recommanderiez-vous ce métier à de jeunes femmes ?
Le métier d’agricultrice, notamment celui de chef d’exploitation peut convenir à de jeunes
femmes qui ont le goût d’entreprendre et souhaite pouvoir organiser leur temps de travail en fonction des obligations professionnelles et familiales. De plus, les activités de l’agriculture sont diverses, chacun doit y trouver sa place. Il permet aussi l’ouverture sur l’extérieur car il n’est pas possible de bien travailler sans tenir compte des évolutions de la société. Pour ce qui est des loisirs, le métier d’agricultrice peut, comme tout autre métier, permettre de libérer du temps pour des activités extra-professionnelles et des congés. Fille d’agriculteurs, je suis revenue sur l’exploitation pour y trouver mon équilibre entre ma
vie professionnelle et familiale et je ne regrette pas du tout ce choix.
Interview réalisée le 9 octobre 2014 par Géralde Juillard et Vincent Gueutier de la DRAAF du Nord-Pas-de-Calais.